Le Tout-Puissant Robert a dit, en définissant la traduction, qu’elle était l’« action, [la] manière de traduire » et, en définissant ce verbe, qu’il suffisait de « Faire que ce qui était énoncé dans une langue naturelle le soit dans une autre, en tendant à l’équivalence sémantique et expressive des deux énoncés. » Réel défi, défi de taille.Bien entendu, j’ai pris ces définitions dans une icône représentant le Tout-Puissant Robert, soit Le Petit Robert (le Tout-Puissant Robert ne faisant malheureusement pas partie de ma bibliothèque — pas encore, mais bientôt, lorsque je serai plus riche, j’irai conquérir le Saint Graal).Mais n’essayons pas de jouer dans les plates-bandes du Tout-Puissant, car je ne suis qu’un pauvre mortel; je ne peux pas me souvenir de tous les mots qu’a connu l’humanité et il en va de même des définitions de ceux-ci. Alors ne défions pas le Tout-Puissant, sous peine que des maux s’abattent sur la planète. Laissons-le là-haut, dans sa vitrine d’argent, inatteignable, inaccessible.

Fin du préambule, sautons (plongeons) à pieds joints dans le sujet (dans le bassin) et essayons de faire des pieds et des mains pour mieux s’en sortir (et essayons de nager).

Attention, agent 00-J-i-j-i-Z-Z-9-4-4-X, ceci est un message top secret et il s’autodétruira dans les quelques secondes après la rédaction de ce sujet (sauf si vous appuyez malencontreusement sur le bouton « publier », bien sûr…) Votre mission aujourd’hui, si vous l’acceptez, est de définir le traducteur. Bonne chance dans votre exploit, que le café et le chocolat soit avec vous. Et allez en paix, mon fwère!

Agent 00 J-i-j-i-Z-Z-9-4-4-X (appelons-le « Jiji ») étant bien capable d’en prendre (il en a vu d’autres… et il est même capable de parler de lui-même à la 3e personne, c’est Supercalifragilisticexpialidocious ! C’est vrai que ce mot trop long est parfait’ment atroce, mais faut l’dire et vous s’rez à la page et plus précoce, Supercalifragilisticexpialidocious !)…
…Alors, étant capable d’en prendre, Jiji décide d’accepter la mission et de se lancer. Alors, attention, décollage dans 10…9…8…7…6…5…4…3…2…1…

Ziiiiiiiiiiiooooooouuuuuuuuuuuuuu. POF! Allez, restons les deux pieds par terre, et HOP!

Le traducteur, ce mystérieux traducteur… Qui est-il? Que fait-il? Que mange-t-il en hiver? A-t-il tout simplement le temps de manger?

Être mystique, légende comparable au Lapin de Pâques, au Yéti et au Père Noël, il existe vraiment. On ne le voit que très rarement, car il sa cache dans sa tanière, communément appelé un « bureau » ou un « cubicule ». Il sort peu. Justement, je tiens à citer P’tite frisée : « la bibitte en question (le traducteur) est habituellement un être solitaire ».

À l’école, il était un rat de bibliothèque, mais il lisait rarement des « Courte Échelle », trop bébé pour lui. Il se nourrissait des grands classiques français, des « Que sais-je? » et d’encyclopédies. Comme ses amis riaient souvent de lui pour ce genre de choses, il s’est refermé sur lui-même, pour vivre dans son monde de mots. Bollé en français, pourri en mathématiques, en sciences et en sports, il devint un fervent adepte des jeux de mots, un premier de classe, un gagnant à la dictée du directeur ou autres épreuves du genre nécessitant de l’intelligence. Il a raflé tous les prix au secondaire, et il frustrait lorsqu’il avait 98% dans une matière.

Voilà les origines. Bien entendu, la race de traducteur, comme toutes les autres, a subi quelques mutations. Alors ce n’est pas le cas de tous les traducteurs, cela n’est qu’une généralité. Je n’avais d’ailleurs moi-même rarement 98% dans toutes matières…

Enfin, voilà, le futur traducteur se referma sur lui-même, ne se faisant qu’un maigre petit cercle d’amis. Ils n’étaient pas nombreux, car les futurs traducteurs aimaient être entourés de gens aussi intelligents qu’eux. Et il grandit et s’entoura de dictionnaires, de grammaires et de son ordinateur. L’amour, la vie sociale? La vie ne consiste pas, selon lui, d’amour et d’eau fraîche, mais de mots et de café. Les mots, sa source première d’alimentation. D’ailleurs, il se réjouit lorsqu’il a un chat qui s’intéresse à ses dictionnaires. Il croit que St-Jérôme, le saint patron des traducteurs, s’est réincarné en chat. Merveilleux, n’est-ce pas?

Bref, le traducteur n’est pas tellement sociable, si ce n’est que son appréciation de biscuits Social Tea. Et il sort rarement de sa tanière. Mais laissez-moi vous raconter les désastres qu’un traducteur occasionne lorsque c’est le cas. Mésadapté socialement, lorsqu’on le sort de son cubicule, qu’il n’est plus devant son ordinateur et qu’il est forcé à rencontrer des gens, il devient gêné. Mais, une fois la gêne passée, il se met à parler de son travail (quoi d’autre?), des mots, de la langue, etc. Et mis en situation de travail ou d’écoute lors d’une conférence, que faire? Bien entendu, entre traducteurs, critiquer les fautes sur les présentations PowerPoint des animateurs, par exemple. « Ah non, il a écrit « fateur générale » au lieu de « facteur général », deux fautes en deux mots, what a scandal! »

Tout ça pour vous dire que j’étais vraiment consterné, à la fin d’une journée de « fin de stage » organisée par nos employeurs, que la table de traducteurs stagiaires (Le No Land’s Man, Coloc, Grand Méchant Loup et 3 autres nouvelles connaissances) fassent un tas de commentaires sur la présentation PowerPoint littéralement bourrée de faute. Je me suis demandé si les autres stagiaires à côté étaient tannés de nous entendre. J’en ai fait part à Coloc, et elle m’a répondu « Oui, mais on est des traducteurs, on n’a pas de vie sociale, là tu nous arraches de nos ordinateurs pis on ne sait pas comment se comporter, alors on se rattache à la seule chose qui nous est familière : la traduction, les mots et les fautes. » Et le pire, c’est qu’elle a partiellement raison…

P.S. : Je n’ai pas fait de trip d’acide avant d’écrire ce texte, c’est sorti tout seul (j’ai pratiqué l’automatisme). Et non, ne m’internez pas, je suis un bon traducteur, et je dois servir la société! 😛

P.S.(2) : J’admire vraiment Coloc, elle est capable de dire Supercalifragilisticexpialidocious sans l’avoir sous les yeux…
Tout-puissamment vôtre,
Le No Land’s Man xxxx
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